PUNK ROCK JESUS, Contestation, fondamentalisme, religion et Punk !

Punk-Rock-Jesus-1Cette chronique littéraire dédiée à l’univers de la BD est écrite par Morgane Durrenbach, avec qui j’ai déjà collaboré sur le dossier HellFest. Grande passionnée et fervente amatrice de bulles, elle présente Punk Rock Jesus, de Sean Murphy. C’est avec plaisir et confiance que je lui cède la plume.

 

Pour les aficionados du genre, vous connaissez déjà forcément Sean Murphy, notamment pour l’excellente série American Vampire Legacy dont il a illustré le premier tome, scénarisé par Scott Snyder : Sélection Naturelle chez Urban Comics. Sean Murphy s’est également illustré dans le comics indé américain en tant que scénariste avec ses albums Solo Off Road et Joe, l’Aventure Intérieure. Il revient donc en force avec Punk Rock Jesus !

Le pitch

Punk Rock Jesus de Sean Murphy Edité chez Urban Comics dans la collection Vertigo Deluxe, 19€2019, United States of America. La société de production Ophis lance une nouvelle télé-réalité révolutionnaire. Mr. Slate, grand manitou de la société, a une idée de génie : cloner Jesus Christ à partir de cellules du St Suaire de Turin, et en faire le héros de J2, son émission. Pour ce faire, il fait appel au docteur Epstein, brillante scientifique spécialisée en génétique, et Thomas Mc Kael, ancien de l’IRA, reconvertit en garde du corps. Il faut bien sûr une mère porteuse, ce sera Gwen, une jeune vierge un peu paumée. Le coup de lancement de l’émission ? L’accouchement de Gwen, retransmis en direct partout dans le monde. La naissance d’un nouveau Messie : il s’appellera Chris !
Forcément, avec un scénario pareil, on se dit que ça va obligatoirement déraper, et je vous le cache pas, ça dérape. Dès les premiers pas de l’émission, les fondamentalistes chrétiens américains crient au scandale et en viennent même à la lutte armée. Cloîtré sur le site de J2, le petit Chris grandit au milieu de conflits qui le dépassent, d’un homme d’affaire opportuniste, d’une mère paumée et devenue alcoolique, et d’un ancien membre de l’IRA taciturne et fan de Punk. Ajoutez à ça une éducation créationniste, il n’en faut pas plus ! Alors quand Chris parvient à se procurer des vrais livres d’Histoire et des Cds de Rock’n’roll, Darwin et les Stiff Litlle Fingers deviennent ses héros… La révélation ! Chris devient alors le prophète d’une autre Amérique, pas celle du capitalisme triomphant, pas celle non plus de Jésus. Non, le prophète d’une Amérique contestataire, anarchiste et Athée.

La critique

punkrockPrenez The Truman Show, ajoutez-y une dose de fondamentalisme religieux, de trash et de Punk, secouez, vous obtenez Punk Rock Jesus. Sean Murphy nous dépeint ici un monde sombre, extrême et en perdition (bref bienvenue dans le monde moderne !). En 2019, pour Sean Murphy, on fonce visiblement toujours droit dans le mur. Braves gens faites place au roi profit et la princesse indécence. Entre morale puritaine et nouvelle religion capitaliste, Sean Murphy et son Punk Rock Jesus, nous montrent ici l’Amérique dans toutes ses contradictions. Le puritanisme côtoie l’indécence médiatique et les agneaux du christ viennent s’abreuver au grand déversoir des images cyniques à boire à plein tube cathodique [ndlr : Noir Désir, « Fin de Siècle »]. Sean Murphy s’implique dans cette histoire. Il donne à chacun de ses personnages un vrai background, une vraie profondeur. C’est sans doute pour une bonne raison qu’il s’investit autant dans son Punk Rock Jesus. Quand Murphy commence à plancher sur ce comics, il a 23 ans et est un fervent catholique, mais il ne parvient pas à faire évoluer ses premières ébauches de scénario. Ses rencontres, ses expériences, et ses recherches l’amènent à se remettre en question : Il devient athé. Et c’est cette conversion à l’athéisme qui apporte le twist nécessaire au développement de son scénario : l’anarchisme athée de Chris, son héros. Graphiquement parlant, le trait de Sean Murphy, nerveux, vif et anguleux et l’utilisation du noir et blanc collent parfaitement à son propos, renforcent à merveille la descente aux enfers de notre civilisation, et confèrent un rythme effréné à ces 230 pages.

10601092_10204591710502203_824424908_nUn rythme effréné qu’on retrouve également dans la playlist que nous a concocté Sean Murphy. Parce que finalement, que serait une BD qui s’attaque au Punk, sans musique ? A chaque entrée de chapitre l’auteur nous met dans l’ambiance avec un titre emblématique, comme autant d’indication sonore qui accompagne notre lecture mais surtout l’évolution de Chris, le clone de Jésus et des personnages qui l’entourent, la folie de Gwen ou la nostalgie et la culpabilité Thomas, l’ancien membre de l’IRA. Pour cette playlist Rock’n’roll, une belle entrée en matière avec « We’re From America » de Marilyn Manson. Suivent ensuite « Tired Of This Shit » des Bloody Hollies, « Nightcall » de Kavinsky, « Nothing » des Groovie Ghoulies, « Suspect Device » des Stiff Litlle Fingers, et pour une fin survoltée, « Electric Head » de White Zombie.
Cependant nul n’est prophète en son pays, et le comics Punk Rock Jesus de Sean Murphy est beaucoup mieux reçu en France qu’aux Etats-Unis… Qu’à cela ne tienne, procurez-vous d’urgence ce pavé dans la marre. Vif, intelligent et bien construit.
Punk’s not Dead !!!

Punk Rock Jesus de Sean Murphy
Urban Comics, collection Vertigo Deluxe, 19€
 

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