CLIFF MARTINEZ Eloge de la vibration pure

CliffMartinezSalvador Dali, le premier, soutenait que le paysage était un état d’esprit. Cliff Martinez semble en avoir fait sa devise, tout au long de ses BO, par le jeu de hasards merveilleusement objectifs alliant réalisateur de génie et redécouverte d’instruments étranges. (TEXTE : Julien Girault)

La vie n’est pas droite. Martinez crut un temps que son existence passerait par un groupe. Après avoir officié comme batteur au côté de Captain Beefheart et Lydia Lunch, il passa trois ans avec les Red Hot Chili Pepper avant de raccrocher les baguettes. Une rencontre décisive, Soderbergh, alors apprenti cinéaste qui lui confie la BO de Sexe, Mensonges et Vidéos. Une Palme d’or plus tard, c’est la consécration pour les deux hommes et le début d’une longue et fructueuse collaboration, Martinez accompagnant Soderbergh sur la quasi totalité de ses films ainsi que sur sa série The Knick.

Une constante dans le travail de Martinez, suite assez logique de son ancien passé de batteur, la vibration. Habitué à travailler sur des sets monstrueux de batterie, rompu à l’utilisation des Moogs analogiques, Martinez n’est pas homme à se satisfaire de l’ordinaire. Un seul impératif, la recherche formelle. Durant les années 90’s-2000’s, il découvre le potentiel d’un instrument monstre, le Cristal Baschet. Inventé en 1952 par les frères Baschet, cet instrument aurait tout pour ravir l’écrivain J.G. Ballard (à se demander s’il ne s’en est pas inspiré pour ses sculptures chantantes dans Vermillion Sands.) Il s’agit d’un synthétiseur acoustique, composé de verre, de métal et de cristal, produisant un son unique, aérien et lumineux, une « prise magistrale sur la sensorialité, [un] contact direct avec la vibration » (Baschet). En découle le chef d’œuvre absolu de la BO de Solaris (Soderbergh), tiré du classique de Stanislas Lem, qui parvient à elle seule à prendre la forme d’une œuvre à part entière.


Désormais, Martinez a trouvé ce dont il avait besoin pour composer : en plus de ses instruments « traditionnels », le Cristal Baschet fait intégrante de son matériel, ainsi qu’une theremine et un métallophone gamelan. Pas d’approche ethnique de la musique, un dégroupage total, un décloisonnement généralisé. Tout ceci reste pourtant des moyens, aussi maîtrisés soient-ils. Chaque compositeur reste tributaire des réalisateurs qu’ils croisent.
Seconde rencontre, Nicholas Winding Refn sur Drive. Personne n’aurait misé un kopeck sur le roman de James Sallis et son héros taiseux en diable ne s’exprimant qu’en actes. Pas de quoi effrayer le réalisateur de Bronson qui stratosphérise le roman au rang de film culte. Le compositeur investit le projet avec une vision précise : faire de LA un décor de « conte de fées », produire une ambiance à la fois « douce, magique, romantique et naïve » (Martinez). Rien ne manque dans cette BO : l’aspect pop des années 80’s subtilement collecté à travers des grands noms (College & Electric Youth, Kavinsky, Desire, les ambiances tirés du Cristal projetant violemment les sentiments des personnages.


Comme pour Soderbergh, Martinez et Winding Refn se sont trouvés. Leur collaboration se poursuit fructueusement sur Only God Forgives. Enfin elle atteindra un nouveau sommet en juin sur The Neon Demon, dont le trailer laisse entrapercevoir une intrigue acidulée, pop, et donc nécessairement cruelle et sanglante.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s