NICK CAVE & THE BAD SEEDS Skeleton Tree

packshot1-768x768Il fut un temps où Nick Cave coulait des jours heureux sur la côte sud de l’Angleterre. Le mariage et la paternité avaient transformé le crooner des citrouilles en sybarite, ce qui, à aucun moment, n’a nui à sa productivité ni à la qualité de son travail. Cave faisait mentir les clichés voulant qu’un artiste soit nécessairement torturé pour composer, une leçon de vie propre à inspirer nombre d’aspirants artistes. Mais il y a un an, son fils perdait la vie, après avoir chuté sous l’emprise du LSD d’une falaise. Dans leur immense mansuétude, les tabloïds anglais chargèrent Cave en insinuant que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre. Détestable hypocrisie… Les accidents n’arrivent qu’aux autres, c’est bien connu, et ils l’ont bien cherché. (TEXTE Julien Girault)

A supposer qu’il soit possible pour un parent de faire le deuil de son enfant, nous pouvions craindre que Nick Cave sombre dans le silence le plus total. Il n’en est rien, et Skeleton Tree signe un retour du chanteur sur la scène musicale avec un album forcément cathartique. A maints égards, il est impossible de ne pas comparer cet album avec The Boatman’s Call, tant les circonstances de création sont douloureusement semblables (Cave signait cet album dans l’affliction de la rupture avec PJ Harvey). Pourtant la comparaison s’arrête là, musicalement parlant. Si The Boatman’s Call se distinguait par son épure, presque son minimalisme, Skeleton Tree sort accompagné de pompes peu ordinaires. Pour se protéger d’éventuelles critiques quant à son retour sur scène, Cave a choisi de s’appuyer sur son ami cinéaste Andrew Dominik qui, avec One More Time With Feeling, réalise une sorte de « making of » de l’album. Problème, Dominik n’a jamais été connu pour sa sobriété, et le film abonde en platitudes contemplatives. Seul intérêt véritable, les séances d’enregistrement de l’album, le reste pouvant s’avérer douloureusement gênant, du fait d’un certain voyeurisme. Second problème, la composition musicale. La grande force de Cave a toujours résidé dans l’équilibre entre chant et piano. Pour la première fois, sur Skeleton Tree, le chant paraît désincarné, presque posé sur les arrangements, faute de pouvoir s’appuyer sur son instrument de prédilection ; la voix, brisée, semble être incapable de susciter la moindre mélodie.

Il y a un abîme séparant ces deux albums. The Boatman’s Call était l’expression d’un amant éploré, tentant de se remémorer une relation passionnée en blasonnant autour de la femme aimée (West Country Girl, Green Eyes, Black Hair), et il y parvenait. Skeleton Tree sonne comme l’entreprise condamnée d’un père dévasté. Nick Cave est toujours parvenu à faire sourdre la lumière des ténèbres où il s’aventurait. Pas cette fois hélas.

NICK CAVE & THE BAD SEEDS – Skeleton Tree – Bad Seeds Ltd (09.09.2016)

  1. Jesus Alone
  2. Rings of Saturn
  3. Girls in Amber
  4. Magneto
  5. Antrocene
  6. I Need You
  7. Distant Sky
  8. Skeleton Tree

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