Une brève histoire de la persécution : Les Sorcières

Au début fut Médée, autour de laquelle s’agrège presque toute l’histoire de la sorcellerie occidentale. (TEXTE Julien Girault)

Au début fut Médée, faute de trouver une autre origine satisfaisante. Réprouvée dans l’antiquité, interdite dans la Bible, la sorcière (ou tout autre figure faisant usage de magie) est vue comme un agent provocateur, séditieux, responsable de saper le pouvoir en place, en s’adonnant à des connaissances obscures.

Et au début donc fut Médée que, seule, la mythologie tient en grâce. Nièce de l’illustre Circé (L’Odyssée), princesse de Colchide, Médée se voue au culte d’Hécate dont elle est une prêtresse. Nulle estime particulière pourtant, dans la dichotomie grecque (ordre/chaos), elle se pose comme une figure menaçante, car imprévisible. Son histoire est liée à celle des Argonautes menés par Jason. Par amour pour celui-ci, elle l’aide à récupérer la Toison d’Or. Coupable de traîtrise envers son père, elle s’enfuit avec Jason et son frère qu’elle sacrifie pour ralentir l’armée de son père. Répudiée par son amour, elle se venge de lui en sacrifiant leurs enfants et en assassinant sa future femme. D’emblée, le mythe fera d’elle un monstre, à la fois vilipendé et craint par les dramaturges antiques ; monstre sublime tout au plus chez Corneille.

Au Moyen-Age, la sorcière n’a pas meilleure presse. C’est le monothéisme qui la lie au Mal. Marginale, elle pactise donc forcément avec le diable et se repaît des enfants. L’Inquisition (en Europe, 3 siècles, 250 000 morts) lance les grandes campagnes d’extermination des hérétiques. Les femmes, de manière générale, paient un très lourd tribut. C’est le prix de « la différence » (physique, religieuse, communautaire, intellectuelle, raciale, etc.) Une femme suspectée est systématiquement torturée avec un luxe abject de violences sexuelles. L’Église cautionne la méthode. Femme ne vient-il pas du latin « femina », dérivé de « fe-minus », c’est-à-dire « foi moindre » ? L’Église a d’ailleurs encouragée la publication du Malleus Malificarum, manuel de démonologie pour les nuls, afin de faire passer les purges au niveau supérieur.

Le Nouveau Monde n’est pas en reste, la bigoterie étant chose rampante. Aux USA, en 1682, se déroulent les faits connus sous l’affaire des « Sorcières de Salem », une histoire de folie collective reprenant les vieilles haines persécutrices contre les sorcières. Plus d’une vingtaine de personnes seront pendues pour satisfaire l’hypocrisie religieuse des nouveaux colons. Salem gagne ses galons de symbole de l’obscurantisme. Lors de la Guerre Froide, alors que les communistes américains font l’objet eux aussi de persécutions, on utilisera le terme « chasse aux sorcières » pour parler d’une répression aussi aveugle que brutale.

Le folklore a depuis longtemps oublié ses sorcières. Il ne reste plus rien de la ministre du culte, dotée d’un savoir pharmacologique et médical. Image d’Épinal oblige, il la faut vieille, traînant derrière elle comme autant de bagages surannés son balai, son chaudron, sa laideur générale et son caractère maléfique. Grimm et Perrault appauvrissent son image en cliché. Disney parachève la caricature.

La littérature ne lui rend guère hommage. Citons toutefois Lovecraft, et son impressionnante Kesiah Mason, dans La Maison de la Sorcière, reprise par Graham Masterton avec plus ou moins de bonheur dans Apparitions. Le cinéma patine sur le thème, hésitant entre s’embourber dans le cliché et développer une image novatrice. Voir (ou revoir) toutefois les chefs d’œuvre Suspiria, Belladonna, The Lords of Salem (ayant grandement pâti de son manque de budget) et la vraie bonne surprise contemporaine, The Witch, bien partie pour devenir un classique du genre. La musique seule en fait une héroïne tragique, mais c’est bien mince.

 

 

 

 

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