30 ANS DE SOUPIRS De Goblin à Thom Yorke

Dire que nous attendons avec une grande impatience les remakes de chef d’œuvre serait trop dire. La démarche pue le produit marchand, la fainéantise artistique et le manque de créativité. (TEXTE Julien Girault)

C’est dix fois pire lorsqu’il s’agit d’un film d’épouvante/horreur/fantastique, genre autrefois honni devant lesquels les critiques se bouchaient le nez avant qu’il revienne en odeur de sainteté sans que nous sachions trop pourquoi. Pour un Evil Dead (2013) enthousiasmant, combien de sous-merde à la Poltergeist (2015) passant à la broyeuse à végétaux leurs illustres modèles avec un sens confondant de la médiocrité.

A ce titre, réaliser un remake ou un reboot du cultissime Suspiria de Dario Argento ne semble pas l’idée la plus indispensable sur le plan du 7ème art. Suspiria ? Presque la clé de voûte de l’œuvre du grand Argento, déjà auréolé du succès très objectif de classiques comme L’Oiseau au plumage de cristal ou 4 Mouches de velours gris. Très contextuelle, l’œuvre (tirée d’un roman méconnu (Suspiria de Profundis, 1845) de Thomas de Quincey, réduit un peu tristement à ses Confessions d’un mangeur d’opium) est le premier tiers de sa fameuse Trilogie des Enfers (ou des Trois Mères) et est imprégnée des codes du giallo. Ultra stylisé, extrêmement baroque, le film témoigne de l’amour sans fond d’Argento pour le cinéma italien. Mais Suspiria ne serait pas ce qu’il est sans sa bande son de fou furieux, composée pour l’occasion par Goblin. Ultra expérimental, extrêmement psychédélique, l’album est un point d’orgue dans la carrière de Goblin, déjà à sa deuxième collaboration avec le maître, qui hisse sa vision à un tel niveau de génie que le groupe ne pourra que déchoir par la suite. C’est bien simple, il est deux Suspiria, le giallo et l’album, apparaissant comme deux entités singulières se vivifiant mutuellement. L’un et l’autre ont sa place dans votre bibliothèque comme classiques indémodables, parce que chaque projection ou écoute permet de se mettre quelque chose de substantiel sous la dent.

Suspiria 2017 n’augure rien de tellement prometteur, en dépit de son casting trois étoiles. Sans être mauvais, son réalisateur est un yes-man, sous la coupe des studios, qui n’est jamais parvenu à imposer son style. Tout le monde n’est pas Guillermo del Toro, prompt à s’emparer d’un lieu commun aussi rebattu que les fantômes pour imposer un Crimson Peak. En tout état de cause, le nouveau Suspiria a autant de chances d’égaler l’original qu’un émeu obèse pété au carbofentanyl a de faire des acrobaties aériennes avec la patrouille de France. En revanche, la vraie surprise pourrait bien provenir du compositeur de la nouvelle BO, Thom Yorke. Cela peut paraître incongru, ça ne devrait pas Partant du principe que l’homme peut tout faire, que les instrumentaux et l’expérimental font partie de sa pratique musicale, sa bande son a toutes les chances, elle, de raconter un autre Suspiria. Je serai même curieux d’écouter ses déclinaisons du fameux thème. Rendez-vous pris.

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